mardi 30 juin 2009

LETTRE POSTHUME

http://www.youtube.com/watch?v=CJu032508GY

Je crois que tu savais, mon ami, la place que tu occupais dans mon cœur.
Tu étais, tu es toujours mon âme sœur.

Toi et moi étions trop pudiques pour nous répandre sur le bien et le respect mutuel que nous nous portions réciproquement.

Mais voilà bientôt un an que tu m’as abandonnée, et j’éprouve le besoin de t’adresser cette lettre posthume.

Parce que de ton vivant, je n’ai eu que deux fois l’occasion de te dire le bien que je pensais de toi : un texto sincère pour ton anniversaire, et, comme tu l'as dit, moins de lignes que madame souris verte dans mon livre. La fin de ton petit texto- commentaire était celle-ci : « merci pour ces compliments écrits et toujours tus. »

Alors voilà, deux fois, presque bâclées, ce n’est plus assez aujourd’hui.

« Pierrot, mon pote, mon frangin mon poto, mon copain tu m’ tiens chaud… »
Comme tu me manques mon ami… Ton soutien me manque, tes moqueries, ta sensibilité, ton élégance.

Toi qui étais le roi des projets, et moi qui aimais t’écouter les raconter. Je pense qu’aujourd’hui, nous aurions pu avoir un petit frère ou une petite sœur pour Ethan. Nous aurions dû… Tu devais emménager à côté de la maison, et notre complicité aurait continué de croître.

Ce que j’ai le plus aimé dans notre relation, c’est son authenticité. Je crois que c’est le privilège des personnes qui ne s’aiment pas, je veux dire « s’aimer d’amour » : nous n’avons jamais été aveuglés l’un par l’autre. Nous nous sommes toujours vu tels que nous étions, avec nos qualités et nos défauts. Tellement identiques. Tu me renvoyais mon image, et j’avais une tendresse infinie pour toi derrière le respect du père que tu étais pour notre enfant.

Tu avais légué ton élégance et ta classe à notre fils.
Ce que j’aimais cette grâce chez Ethan ! C’était génial de voir transparaître chez lui tout ce qui venait de toi : quelques expressions du genre « ouh mais t’es pénible toi aujourd’hui ! », lâchée à contre emploi, son humeur le matin, son air un peu hautain parfois et quelques mimiques qu’aucun mot ne saurait retranscrire.
Mon prochain enfant n’aura pas cela.
Il ne te connaîtra pas, pas non plus Ethan.

Car tu es parti avec notre petit garçon, mon prince, ta crotte de nez.
Maudit destin.

Je n’ai jamais pu être fâchée vraiment contre toi, car je m’apercevais aussitôt que ce n’était que contre mes propres défauts que je m’emportais.
Tes tourments étaient de même nature que les miens, tes quêtes d’absolu aussi. Je crois que nous étions tous deux à la recherche du même Amour, que nos blessures étaient semblables.

Comme tu m’as été essentiel lorsque Carine et moi nous sommes séparées… J’avais ton oreille bienveillante à ma disposition, et pardon de t’avoir bassiné avec toutes ces futilités. Nos discussions de plage à Alicante ont tourné tellement de fois autour de nos amours déçus… Car les années suivantes, c’était tes préoccupations qui étaient au centre.

Je ne regrette rien mon ami.
Rien du choix étonnant de faire un enfant avec un « inconnu », rien de la manière dont nous avons mené à bien notre merveilleux projet, rien de notre relation.

Je t’en veux parfois, souvent, de m’avoir abandonnée. Je n’arrive pas à remplacer notre complicité, et je me sens si orpheline de toi, au-delà de mes ami(e)s. Le vide est aussi grand que le ciel qui n’a pas voulu du vol JK5022.

J’essaie de penser à Ethan et toi vivants « autrement », ailleurs. Après le crash de l’AF447, je rigolais en t’imaginant dans cet ailleurs, à commenter le physique des « nouveaux arrivants » : celui-ci trop court sur patte, celui-là trop poilu, esbaudi devant les yeux de celui-là ou les fesses de celui-ci. Tu dois continuer à rayonner là-haut. Est-ce que les gens de « la race supérieure » comme tu nous qualifiais se retrouvent à un endroit particulier, tous ensemble ? Je te le souhaite, je le souhaite à moi-même, puisque dans ta classification j’en étais, et vous retrouverais alors un jour.

J’espère que tu m’attends, que tu veilles sur mon prince comme tu l’as toujours fait. De toute ta sensibilité, toi l’homme qui faisait le dur et taquinait l’arrogance pour mieux te protéger.
Et j’espère que là où tu te trouves maintenant, tu grandis encore, tu es libéré de ces tracas qui te tourmentaient, que tu as l’amour que tu mérites. Que tu as fini de te cacher. Que tu sais combien je t’aimais, mon ami.
Et que tu penses à jeter un œil de temps en temps sur ce que nous devenons tous, sans toi.

lundi 1 juin 2009

PLAGE


Avec les beaux jours reviennent les souvenirs d'été.

Je suis retournée à la plage la semaine dernière. La Méditerranée était remplie de vous. Je ne m'attendais pas à cela, parce que j'avais pris l'habitude de vivre avec vos absences à tous les deux.

Dans mes routines parisiennes, j'ai remplacé vos souvenirs par d'autres moments. Toutes ces choses que je faisais avec Ethan et toi, j'ai eu si mal à les faire la première fois seule, avec ou sans d'autres...
Comme ces lieux qui étaient les nôtres d'une certaine manière, il a fallu les reconquérir, abandonnée. Si bien que je suis désormais peu surprise sur Paris.

Mais là... Il y avait ces enfants qui jouaient sur la plage, les structures gonflables pour eux, les glaces à boire... Et personne à côté de moi pour commenter les activités et comportements des plagistes ou leur physique.

Oh mon âme soeur, comme tes moqueries m'ont manquée la semaine dernière! J'essayais de me rappeler, ou d'imaginer ce que tu aurais dit des uns et des autres -et rien ne venait, seulement une place trop grande et trop vide à côté de ma serviette.

Le soleil caressait ma peau, et à l'intérieur, mon coeur est resté triste et cuisant.

Mais la vérité, c'est qu'une part de moi était heureuse de votre présence à mes côtés, dusse-t-elle relever de l'absence. J'aime vous savoir en moi et avec moi pour le reste de ma vie.